Rendez-vous sang faute

Cette horreur glacée dans laquelle me plonge chaque allocution de qui tu sais, cette sidération d’épouvante face à ce bloc de paroles fausses qu’il me jette à la gueule, que je reçois pleine face et sans filtre, moi qui ai répondu présente à l’ignoble rendez-vous télévisé comme à une convocation obscène, traînant les pieds mais tout de même à l’heure dite devant l’écran pour l’écouter, lui qui ne me parle pas en direct, à l’heure sans faute pour regarder ce rien d’algorithmes et de pixels qui constitue son image d’homme de pouvoir absolument lisse croyant s’adresser à quelqu’un quand il lit un prompteur ou bien non,

ne voulant s’adresser qu’à son reflet dans l’œil vitreux de la caméra puisqu’il est lui-même l’objet de toute son onaniste attention, cet effarement devant son solipsisme satisfait, sa vision torse du réel qu’il me présente comme la vérité des faits avec tant d’aplomb qu’il me faut mobiliser le reste de force mentale qu’il n’a pas encore siphonnée après cinq ans presque de mensonges et de sévices accumulés pour ne pas me désagréger en cendres, ces bras qui m’en tombent à la pensée que la comédie de l’élection présidentielle va se rejouer avec moi ou sans moi qu’importe, ce combat morbide pour le pouvoir qu’il lui semble avoir déjà gagné parce que dans son monde il est lui-même source et fin de toute chose, et parce que sur le ring c’est moi, c’est toi, c’est nous qui prenons les coups, qui sortirons sur une civière, cette solitude profonde que ne vient pas combler ta solitude, notre solitude puisqu’il nous a atomisées, puisque nous allons monades esseulées courant tels des canards sans tête et que nos mains glissent sur le mur gluant de son égotisme, sans prise aucune, criant ou réduite au silence c’est pareil, immobile ou me débattant c’est pareil, violence légitime, viol qu’il commet sur ma vie, ta vie, nos vies, et je vais glissant dans le tout à l’égout d’un temps vécu comme le néant d’un trou noir avec pour tout viatique la poignée d’euros qu’il m’a lancée en guise de petit cadeau et que je ramasse à genoux dans une flaque de sang. (En photo, l’état de mon cerveau ce matin.)

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Thème : Overlay par Kaira.