Hochet tricolore

Je n’aime pas voir le drapeau tricolore flotter au-dessus des manifs. Je ne me reconnais pas en ses couleurs qui pour moi ne représentent pas le peuple révolutionnaire dressé contre le pouvoir tyrannique mais sont l’un des symboles de l’empire français pour toujours rougi du sang de la colonisation, de ses crimes. Je ne suis pas patriote.

Je l’aurais peut-être été sous l’Occupation, quand il s’agissait de se confronter à l’armée du troisième Reich et aux assassins nazis, mais non car se battre contre le fascisme dans les années 1940 en France n’était pas seulement défendre le territoire mais lutter contre les fascismes européens, se lancer au moins indirectement dans une action de rébellion internationale contre le nazisme. Nous savons que des Résistants tombés ici étaient des étrangers. L’idée de frontière m’est insupportable, cette ligne qui tue celleux qui veulent la franchir mais n’y sont pas autoriséEs pour des raisons politiques.

Aujourd’hui comme trop souvent dans l’histoire de ce pays, le drapeau tricolore n’est pas celui de l’accueil mais celui du rejet. Ce passe-frontières que sont les papiers d’identités, les passeports, les titres de séjour, je ne vois pas grand-monde se révolter pour dénoncer ce qu’ils sont : une atteinte à la liberté fondamentale qu’est celle de circuler, de trouver refuge quand on est en danger. Des embarcations font naufrage, des exiléEs se noient, des navires de sauvetage emplis de rescapéEs en souffrance errent sans que s’ouvre un port d’accueil, ce scandale historique de l’abandon à l’indifférence de celleux qui demandent asile ne fait pas les gros titres ni ne nourrit les conversations. Seule une minorité persiste à alerter et à agir, sauvant l’humanité avec l’honneur. Les prétenduEs patriotes regardent leur nombril qui ne vaut pourtant pas moins ni plus qu’un autre des presque huit milliards d’humainEs qui peuplent la Terre. Le mot liberté écrit sur le drapeau brandi dans la manif, qu’est-ce qu’on met dedans?

Quand l’ensemble des questions politiques et biopolitiques qui accordent aux unEs le droit à la vie qui est dénié aux autres sont mondiales, nos regards se rétrécissent : on voit son drapeau, son pays, son bled, son quartier et l’entrée libre à son bistrot du coin. Oui, le contrôle, l’accès à nos données personnelles, la surveillance généralisée des populations sont intolérables, mais ils le sont partout sur la planète et ne reculeront pas devant le drapeau bleu blanc rouge, même si on écrit liberté dessus. Non, se faire vacciner pour ne pas tomber malade et contaminer les autres, ce n’est pas se soumettre au minable président du moment et à sa bande qui se prend pour un gouvernement, et l’on ne gagnera rien à troquer un ambitieux contre un autre ambitieux. Le drapeau n’est pas la solution mais une partie du problème, c’est le hochet qu’on laisse agiter pour occuper l’attention des enfants tandis que les choses sérieuses se passent ailleurs.

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Thème : Overlay par Kaira.