Bernaches du capital

J’ai cru que nous étions somnambules, divagant dans la nuit noire de l’esprit sans savoir ce que nous faisions sous l’effet anesthésiant de la profonde paresse du confort, actions automatiques, paroles confuses, psittacisme en guise de pensée, et qu’une secousse assez forte nous tirerait effaréEs du sommeil. Mais comme le dormeur rêve d’océan tandis que l’inondation envahit la chambre, il n’est pas question de quitter nos songes d’un éternel présent, jusqu’à la submersion. Ainsi le destin de l’humanité est de disparaître en brûlant tout avec elle et l’on ne peut compter que sur les cafards résistants aux désastres depuis l’origine du vivant pour témoigner dans l’infini à venir de la catastrophe que nous aurons été.

De ces dirigeants monstrueux auxquels nous confions le pouvoir, nous sommes les reflets tremblotants de colère, incapables de nous détacher de ces figures funestes pour les réduire à ce qu’elles sont : des créatures débiles, des fantoches obsédés d’eux-mêmes, des agents sans morale de la destruction collective, des cyniques. Nous les regardons passer des ors de la république au box des accuséEs, nos représentantEs démocratiques, sans que cela suscite trop de curiosité ni d’opprobre. La trahison, le mensonge, la mauvaise foi privilégiant les intérêts d’une clique contre ceux des populations sont consubstantiels au pouvoir, c’est comme ça, nous persuadons-nous. Que nous votions pour les pires ou les moins pires, le résultat n’est pas bien différent et si nous ne votons plus, ça continue quand même. Quant à mettre en cause le principe de pouvoir, ce qu’il porte en lui de néfaste et de promesse d’anéantissement, comme faire ? La constance du mal anime le capitalisme dévorateur dans la totalité des espaces, parce que nous ne savons plus exister en dehors de ses crocs.

Cinquante degrés sous le soleil et des incendies qui ravagent et tuent, c’est la même horreur qui noient les enfants, les femmes, les hommes dans la Méditerranée, parce qu’iels cherchent un asile que sans scrupule nous leur refusons. Toujours plus de contrôles et d’obligations, toujours plus de violences policières, de surveillance, de soupçons : que veulent-ils vraiment celleux qui disent vouloir nous protéger ? Leur réélection, au prix du sang des plus nombreux, qui n’ont que leurs mains vides pour se défendre. La campagne présidentielle a commencé en bavardages indécents sur les tenues des femmes, les menus végétariens interdits dans les cantines et l’affolante beauté des paysages de France sous les gaz à effet de serre. Faut que ça saigne au profit des marchands de mort, au risque d’une guerre civile. Comment participer encore à la mascarade morbide de l’élection du président ?

Hier, devant la Samaritaine, quelques heures plus tôt taguée par des militantEs d’Attac, une file d’attente, dense, compacte de badauds désireux d’admirer ce que l’argent sale peut faire. Il y aura bientôt des milliardaires dans l’espace, nous promet-on. Au bois de Vincennes les bernaches du Canada se lissent les plumes en attendant demain.

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Thème : Overlay par Kaira.