Genou à terre, poing levé

La vie des NoirEs compte. L’impensable, c’est qu’il faille encore le dire ou plutôt le hurler. Pour des joueurs de l’équipe de France, mettre un genou à terre, faire ce geste symbolique avant le match de foot, aurait été une façon de hurler à la face du monde que la vie des NoirEs comptent. Les policiers français, du moins certains, ceux « en colère » du syndicat France police, n’étaient pas d’accord. Est-ce que la vie des NoirEs compte, pour ces fonctionnaires zéléEs ? Iels ne le disent pas. Iels ont gueulé sur twitter parce que ce genou à terre des footballeurs, ça ne leur revenait pas. Iels ont dit : « #BlackLivesMatter un mouvement suprémaciste noir qui attise la haine et incite au meurtre des policiers ». Iels ont accusé les joueurs : « vous n’avez pas honte de vous servir du maillot bleu pour faire de la politique ? » Parce que chacunE sait bien que les policiers n’auraient jamais la bassesse de se servir de leur fonction de policier, de leur bleu à eux, pour faire de la politique.

Quand iels contrôlent au faciès, quand iels cognent sur un homme qui rentre chez lui, un Noir, quand ils arrêtent un homme, un Noir, et que l’homme meurt lors de l’interpellation, ça n’a rien à voir avec la politique. C’est du maintien de l’ordre, qui n’est pas politique. Ce qui est politique, c’est le genou à terre des footballeurs et qu’aussitôt des policiers comprennent que ce geste leur est adressé. Que quand on défend la vie des NoirEs, on la défend d’abord contre la police. Et qu’il y a urgence quand la police est au cœur de l’état, quand les policiers dirigent le ministre de l’intérieur, ont toute la classe politique à leur botte, inspirent les lois, s’immiscent dans la moindre relation entre les gens, quand l’état policier n’est plus à craindre, quand il est à combattre puisqu’il est là. Les joueurs n’utilisent pas leur maillot pour faire de la politique, ils utilisent leur intelligence, leur sensibilité, ils utilisent leur histoire personnelle de gars de banlieue et celle de leur famille, leur mémoire à eux, leur mémoire héritée de toute l’histoire esclavagiste, colonialiste, raciste de leur pays la France pour dire que maintenant ça suffit. Qu’on ne peut plus avoir peur pour sa vie, pour la vie de ses enfants parce qu’on a la peau noire. Qu’on ne peut plus supporter de vivre une existence limitée dans un espace réduit, dans la justification permanente d’être qui on est, et la soumission parce qu’on a la peau noire. Qu’on ne peut plus accepter que l’égalité inscrite en lettre d’or sur nos bâtiments publics soient violemment bafouée chaque jour dans les faits. Aux premiers moments d’une campagne présidentielle qui s’annonce pestilentielle, le genou à terre des joueurs de l’équipe de France aurait rappelé, dignement, que la vie des NoirEs comptent, et qu’il va falloir, que cela plaise ou non aux « policiers en colère », compter avec. Mais dans ce pays, est-ce qu’on peut agir librement, quand la police n’est pas d’accord? Non.

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Thème : Overlay par Kaira.