Faire la claque

Comme ces immeubles entièrement détruits à l’intérieur mais desquels on veut garder la façade pour que, de la rue, rien ne paraissent changé et que l’entrepreneur soutient à grand renfort de butons, notre démocratie représentative ne tient plus qu’à un fil. Désigner parmi le peuple ses représentants par la voie des urnes, pas mauvaise idée sur le papier mais encore eût-il fallu que les dits représentants n’en vinssent pas à constituer une caste d’identiques gestionnaires dont seuls les plus retors, dégénérés en affairistes mafieux, ont l’espoir d’atteindre aux postes suprêmes. Aujourd’hui l’ensemble des politiques semble tombé sans vraie distinction dans le même pétrin d’indifférence et l’on devrait s’émerveiller qu’il reste encore des quidams prenant sur leur loisirs pour s’en aller jeter de la farine sur l’un ou l’autre candidat, plutôt que d’encombrer encore de ces enfarineurs les prisons sur-occupées. Le président l’a bien compris qui tend la joue droite après avoir reçu soufflet sur la gauche : cette gifle n’est rien, dit-il comparé aux malheurs des femmes violentées. C’est que toute baffe venant de l’extrême-droite lui est caresse sur la peau : même pas mal à ma virilité, ma cote de popularité se dresse !

Au bord de l’effondrement, on fait comme si de rien n’était et l’on condamne à hauts cris les futurs abstentionnistes de dimanche. C’est qu’il faut une claque d’électeurs et électrices pour que la comédie continue jusqu’à la tragédie. Le présidentialisme, l’autoritarisme, la défense des intérêts particuliers des dominants au dépens du bien commun, l’instrumentalisation des souffrances, des peurs et des colères, la surdité totale aux nécessités des populations, la surveillance généralisée, le racisme institutionnel, la criminalisation de la contestation n’ont sans doute rien à voir avec la désaffection des isoloirs. La faute à l’irresponsabilité des non-votants qui préfèrent la pêche à leur devoir de citoyens mobilisés contre la clique du ramassis national que l’on s’ingénie à engraisser par révérence médiatique et dorlatage politique à longueur de mandat.

Mais chacunE a fini par comprendre à coups de matraque et de LBD que quoiqu’iel vote, ça lui retombera en lacrymo sur la gueule. Car c’est par la flicaille que les lambeaux de démocratie avariée qui nous servent d’institutions font encore illusion de tenir ensemble. La finance décide, la police cogne : le pouvoir se passe de notre consentement mais il faudrait malgré tout le soutenir ?

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Thème : Overlay par Kaira.