À l’aveuglette

Panneau électoral, Montreuil 8 juin 2021 ©JK

Dans cette purée de pois qu’est l’avenir à quinze jours, on ne sait où poser la semelle. Le sol se dérobe sous nos pas, embûches et chausse-trappes, on croit deviner un mur bien épais mais à quelle distance ? On y est déjà, au pied du mur, à suivre l’actualité de ce beau pays de philosophes et de fromages, mais on s’y précipite en hurlant, même pas peur.

Les plus lucides des commentateurs ramassent ces grands morceaux de n’importe quoi dont le monde politique nous comble, période électorale oblige, et tentent de bricoler une manière de récit éclairant le chemin vers l’abîme. Le fascisme est là, pas besoin d’aller le chercher plus loin. On s’en convainc volontiers, sentant autour de nous se refermer le piège que les carambouilleurs auxquels on confie le pouvoir s’ingénient à construire en stratèges depuis les années 1980. À restreindre le choix politique aux soi-disant démocrates contre la goule d’extrême-droite on risque à force la mauvaise surprise. Les plus jeunes électeurs ne connaissent qu’un paysage politique bruni par le FN et Jordan B. est né l’année d’un Le Pen au second tour de la présidentielle : c’est aussi ça, la normalisation de l’extrême-droite. Des cerveaux qu’on espérait plus solides mais vidés par la propagande politico-médiatique se remplissent d’idées loufoques : pourquoi pas le RN pour toucher le fond, alors on n’aura d’autre choix que le coup de talon pour sortir de la mare au purin. Fascination morbide devant la catastrophe qui vient, on s’apprête à la débâcle en se racontant des bobards, comme si le courage allait soudain sortir des pot-au-feu au moment où il sera trop tard.

Chacun voit l’ultra-violence à sa porte. Mais elle est au cœur de l’idée de pouvoir, elle-même. Le pouvoir est la violence exercé par un et son clan contre les autres, aussi douces soient les formes que les plus sincères voudraient lui donner. Les sincères ont d’ailleurs une fâcheuse tendance à perdre les élections ou à changer de face quand les aléas du vote les leur ont fait gagner et l’on se retrouve, au lendemain de scrutin, avec la même gueule de bois : on a évité le pire mais on comprend vite que la distance au pire s’est encore réduite.

La campagne qui s’annonce promet une farce faite de gifles et de mannequins gauchiste qu’on flingue tandis que le pouvoir s’active en coulisse et met la dernière main à la destruction du bien commun, la protection sociale, la santé, l’éducation avant le coup de pied au cul final. Non, on ne voit pas bien comment sortir du cauchemar quand nul ne semble vouloir vraiment sonner le réveil.

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Thème : Overlay par Kaira.