Vive la dictature, askip

Vincennes, rue de la Liberté le 5 juin 2021 ©JK

Fin de journée dans une commune de la banlieue bourgeoise de l’est parisien. Le temps est au beau, les terrasses des cafés pleines, les familles en short rentrent du bois. On est samedi et certainEs se pressent déjà, vêtuEs de frais, une bouteille à la main, vers leur soirée copaines. Ambiance paisible sur fond de fébrilité à l’approche du Bac et des vacances d’été. On a entendu vers midi sonner les cloches des communions. Ici, c’est la droite enracinée mais pas l’extrême.

Il fallait peut-être hausser les épaules et ne s’arrêter pas, tourner la tête, passer son chemin. Il fallait sans doute ignorer le crachat. Une femme tapotait l’écran de son téléphone en lui tournant le dos, des groupes passaient en bavardant. Je me suis arrêtée et j’ai photographié le graffiti très visible sur le mur jaune.

Mais qu’est-ce que ça veut dire ça, vive la dictature ? La provocation d’un ado qui fait l’intéressant, siffle mon jeune fils à qui je montre la photo en rentrant et qui est lui-même un ado. Fais pas attention. Mais tout de même, ça n’est pas rien d’écrire ces trois mots en grande lettres rouges sur le mur d’une asso catholique, rue de la Liberté, au-dessus du portrait de l’anti-esclavagiste Abraham Lincoln, à quelques pas d’une école et donc des panneaux électoraux plantés devant le bureau de vote. Dans l’après-midi, il y a eu un rassemblement à Paris en mémoire du jeune antifasciste Clément Méric, tué par des skinheads à dix-huit ans. On sort de la célébration de la Commune.

Vive la dictature, vive la suppression des libertés publiques et des droits fondamentaux, vive le bruit des bottes et celui de la matraque, vive les arrestations politiques, les détentions arbitraires, le bâillonnement des opposantEs, leur exécution, vive le chef, le culte de la personnalité, le virilisme, la loi du plus fort, vive la propagande, vive les dénonciations, la chasse à l’étranger, à l’ennemi intérieur, vive les camps de concentration, vive la tyrannie d’une clique, la corruption, vive l’ordre policier, la chape de plomb, viva la muerte et le silence du crime.

Bienvenue dans le monde d’après. Ça nous a un arrière-goût de versaillais-vichyste faisandé qui gâche un tantinet les joies du déconfinement progressif. De gras nuages bruns se forment au-dessus de l’Europe, nous les regardons s’accumuler. En attendant qu’ils crèvent ?

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Thème : Overlay par Kaira.