Histoire de mes blogs

J’ai tenté autrefois, une bonne dizaine d’années en arrière, un blog hébergé par un portail gratuit. J’y publiais des textes, souvent satiriques, qui commentaient l’actualité. Il ne « marchait » pas, c’est-à-dire qu’il n’était visité par personne. Dans l’océan illimité de mots, d’images et de sons du grand internet, je me trouvais noyée parmi la foule infinie des autres. À l’époque, ça m’embêtait cette parole que je voulais tenir dans un désert si peuplé que nul ne peut entendre autre chose que les voix qui résonnent dans le paysage médiatique ou celles plus flûtées mais issues du cercle finalement assez restreint que chacunE trace autour d’elle ou de lui. Invisible, inaudible, sans même un profil sur l’un des réseaux sociaux, Facebook surtout en ces temps-là, pour faire la publicité dudit blog, je m’en suis détournée. Il a végété et je l’ai récemment supprimé.

En 2011, j’ai souscrit un abonnement au journal en ligne Mediapart qui offre à ses abonnéEs la possibilité d’héberger un blog personnel. Pendant neuf ans j’ai été très heureuse sur ce blog que j’ai tenu presque quotidiennement au début, puis moins souvent mais toujours régulièrement. J’y ai publié des textes sur l’actualité, du satirique mais aussi des fictions politiques, en privilégiant la forme brève que j’aime à pratiquer. Sur Mediapart, j’étais lue suffisamment pour satisfaire mon désir d’être lue. En 2016, quand je me suis impliquée dans la défense de familles expulsées, je n’oublie pas que Mediapart a publié en une, pendant des mois, mes textes écrits sur les nerfs à vif, et je lui en suis reconnaissante car qui se soucie de familles roms sans abri ? J’ai rassemblé et sélectionné certains des billets avec quelques autres plus anciens dans un livre à paraître, Aurore cannibales, chroniques d’une décennie 2010-2020. Ce blog hébergé par Mediapart, je le mets en suspens. Pas à cause d’un désaccord sur la ligne éditoriale (le « club » des blogueurs et blogueuses médiapartienNEs est friand de grands clashs où l’on déclare avec fracas quitter le site pour ne plus y revenir parce que… puis souvent on y revient), mais une raison de contenu. Écrire dans un blog lié à un journal contraint à s’en tenir aux thèmes politiques ou sociaux, liés à l’actualité, le reste est hors sujet.

En ouvrant ce site aujourd’hui, j’ai envie de reprendre l’écriture de courts billets de blog mais en ne m’interdisant pas les textes plus personnels. Je vais retrouver, sans doute, une certaine confidentialité que j’espère moins épaisse qu’à mon premier essai. Mais écrire en étant moins lue est une perspective qui ne me gêne plus autant qu’avant. J’ai devant moi quelques projets d’écriture que je veux mener à bien, et ce sont eux qui comptent par-dessus le reste.

Je reprends en bannière la photo de Gilles Walusinski qui m’accompagne depuis sept ans et à laquelle je suis très attachée. Au centre, unE lama en vadrouille dans la rue de Buci regarde le photographe, sa tête dépasse celles des passantEs autour. J’ai lu que cet animal exotique symbolise l’endurance et l’obstination, que, si l’on rêve d’un, le message c’est trop de patience peut être nuisible. J’y vois le regard de l’étranger qui se demande ce qu’il fait ici et maintenant, en miroir de mon propre regard.

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Thème : Overlay par Kaira.